# La Jeunesse Camerounaise Mérite Mieux Que le Défilement Sans Fin
Des heures passées en ligne chaque jour, souvent sans rien construire, rien apprendre, rien gagner. Avant de juger, il vaut la peine de comprendre pourquoi — et de regarder ce qui, ailleurs sur les mêmes écrans, montre déjà un autre chemin possible.
C'est une inquiétude que j'entends souvent, et que je partage en partie : une génération entière qui grandit avec un téléphone toujours à la main, mais qui semble parfois n'en tirer ni compétence, ni revenu, ni construction personnelle. Le commérage sur Facebook, les contenus non modérés, les heures qui filent sans rien de tangible à la fin de la journée. Avant de conclure que la jeunesse camerounaise "devient décadente", je pense qu'il faut d'abord se demander pourquoi.
Ce qui se cache réellement derrière ce constat
Les chiffres sont sans détour. Plus d'un tiers des jeunes camerounais de 18 à 35 ans sont au chômage et en recherche active d'emploi, contre 11 à 28% chez les générations plus âgées — malgré le fait que cette génération soit la plus scolarisée que le pays ait jamais connue, avec 80% ayant suivi au moins une partie du secondaire. Près d'un jeune sur quatre n'est ni scolarisé, ni employé, ni en formation. Un déficit de préparation à l'emploi, un décalage entre les qualifications et les besoins du marché, et un manque d'expérience concrète comptent parmi les obstacles les plus cités par les jeunes eux-mêmes.
Un jeune sans emploi, sans formation, et sans perspective claire n'a pas grand-chose d'autre à faire de ses journées que de les remplir. Ce n'est pas une excuse — c'est un contexte, et il change complètement la façon d'aborder le problème.
Ce qui inquiète légitimement les familles et les institutions
Il faut aussi reconnaître honnêtement qu'un débat public a resurgi ces derniers mois autour de la façon dont certains jeunes, et en particulier certaines jeunes filles, utilisent les réseaux sociaux — des contenus jugés inappropriés, largement relayés, avec des appels officiels à plus de discernement et à un accompagnement parental renforcé. Sans entrer dans les détails de ce débat, il illustre une réalité plus large : quand l'espace numérique n'offre pas de modèle constructif visible, ce sont souvent les contenus les plus extrêmes, positifs ou négatifs, qui prennent toute la place.
La preuve que le potentiel n'a pas disparu
Voici ce qui me semble le plus important, et le plus souvent ignoré dans ce débat : une enquête menée en mai 2026 auprès d'étudiants de l'Université de Yaoundé I a montré que, pour la recherche de stages et d'opportunités professionnelles, la quasi-totalité des personnes interrogées se tournent vers LinkedIn — aucune n'a cité Facebook, Instagram ou X comme plateforme principale pour ça. Autrement dit, dès qu'une opportunité réelle existe, la jeunesse camerounaise sait très bien faire la différence entre un usage passif et un usage qui construit quelque chose.
Le problème n'est donc pas un manque de discernement généralisé. C'est un manque d'opportunités visibles, accessibles, et crédibles qui donneraient une raison de préférer construire plutôt que consommer.
Ce qui pourrait réellement changer la donne
- Rendre visibles des chemins concrets vers des compétences numériques monétisables — développement web, marketing digital, création de contenu avec une vraie valeur, plutôt que des formations théoriques sans débouché clair
- Multiplier les exemples inspirants et accessibles, pas seulement les success stories exceptionnelles et lointaines, mais des parcours réalistes que n'importe quel jeune camerounais peut se dire capable de reproduire
- Impliquer les entreprises locales dans la formation pratique, en donnant à des jeunes de vrais projets sur lesquels travailler, pas uniquement des stages symboliques
- Accompagner les parents et éducateurs, qui se sentent souvent dépassés par un monde numérique qu'ils ne maîtrisent pas eux-mêmes, plutôt que de leur laisser porter seuls cette responsabilité
Pourquoi j'y crois autant
Je le dis souvent, et je le pense sincèrement : ce pays regorge de talent. Le même téléphone qui sert aujourd'hui à faire défiler du contenu sans fin peut servir demain à construire un site web, gérer les réseaux sociaux d'une entreprise, écrire du contenu qui a une vraie valeur, ou apprendre un métier numérique recherché partout dans le monde. La différence ne tient pas au potentiel — il est déjà là, exactement comme le montre cette bascule instantanée vers LinkedIn dès qu'une vraie opportunité se présente. La différence tient à qui va construire le pont entre ce potentiel et une occasion réelle de s'en servir.
Questions fréquentes
Le problème vient-il vraiment des réseaux sociaux eux-mêmes ?
Pas entièrement — les mêmes plateformes servent aussi à la recherche d'emploi et à l'apprentissage. Le problème est davantage le manque d'alternatives productives visibles que la technologie elle-même.
Que peut faire une entreprise locale concrètement ?
Offrir de vrais projets à des jeunes en apprentissage, même modestes, plutôt que des stages purement symboliques — c'est souvent ce petit pas qui change une trajectoire.
Est-ce un problème propre au Cameroun ?
Non, mais le taux de chômage des jeunes particulièrement élevé au Cameroun (36%) amplifie le phénomène par rapport à des pays où les débouchés sont plus nombreux.
Ma part du chemin
GITC SARL croit en ce potentiel au quotidien — en travaillant avec des talents locaux, et en construisant, article après article, des ressources gratuites pour que quiconque veuille comprendre le numérique puisse commencer, sans barrière à l'entrée.
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